| Lettre
ouverte à André Roussin
Cher papa,
A la première représentation des "1997_oeufs
de l'Autruche" au Théâtre de la Michodière,
j'avais six ans. J'ai toujours eu pour cette pièce une
tendresse particulière et quand Jean-Paul Belmondo, Pascal
Héritier
et Stéphane Hillel m'ont dit au cours d'un déjeuner
qu'il leur semblerait souhaitable de tenter de la réactualiser,
j'ai été pris de panique.
Je te la joue à la Corneille? Moi, le gardien du Temple,
ai-je le droit? Puis-je?...
Je me suis alors survenu que tu n'avais cessé de m'expliquer
que le Théâtre, c'est la Vie, pas un Temple. Quand
tu étais en verve tu ajoutais : "dans les temples
on s'emmerde !" Je me suis également rappelé que
tu avais toi-même modifié "Lorsque l' Enfant
Paraît" vingt cinq ans après sa création
parce que les moeurs avaient évolués.
Mon père avait raison : c'est cette raison qui m'a guidé
dans l'adaptation des " 1997_oeufs de l' Autruche. Si la prise
de conscience de l'homosexualité d'un de ses enfants n'est
plus ce que cela pouvait représenter il y a cinquante ans,
je n'en reste pas moins persuadé que pour la grande majorité
des parents d'aujourd'hui, ce ne doit pas être un sujet de
réjouissance. J'ai donc tenté, sans toucher à
la rare qualité de ta construction dramatique, de faire que
les rapports de tes personnages et l'expression de leurs sentiments
correspondent à ce que nous vivons aujourd'hui. J'espère
y être parvenu mais je souhaite par dessus tout que si tu
devais te retourner dans ta tombe ce soit de rire.., avec nous.
Tendrement.... |