Pierre MONDY est le metteur en scène


Interview par Philippe JOUSSERAND

En 1958, Pierre Mondy a créé le rôle de Bertrand Barnier dans la pièce "Oscar". Treize ans plus tard, au Palais-Royal, il l'a mise en scène pour Louis de Funès, qui l'avait déjà jouée sous la direction de Jacques Mauclair à la Porte Saint-Martin. Aujourd'hui, Pierre Mondy retrouve "Oscar", avec quelques modifi-cations et une toute nouvelle distribution.

Quel souvenir gardez-vous de la création d'"Oscar" ?

Un souvenir merveilleux. Nous avons créé la pièce au Théâtre de l'Athénée dans une mise en scène de Jacques Mauclair avec Maria Pacôme, Mario David... et Jean-Paul Belmondo, qui commençait sa carrière. Il était très jeune puisqu'il était sursitaire. Je me souviens qu'il a dû partir faire son service militaire avant la fin des représentations et c' est Jean-Pierre Cassel qui l'a remplacé.

Près de 40 ans après sa création, "Oscar" amuse toujours le public. Comment l'expliquez-vous?

Parce que c'est un vaudeville très bien construit, qui obéit à la règle des trois unités. L'action dure exactement le temps de la représentation et se déroule dans un lieu unique. Comme dans tous les bons vaudevilles, la pièce joue sur les quiproquos d'identité. Les personnages se trouvent tous dans des urgences et cherchent des solutions. Mais, en plus, dans Oscar, il y a des substitutions d'objets, de valises plus exactement. Il ne s'agit pas d'une "caleçonnade", au contraire, il y a même de l' amour entre les personnages. Et il n' y a pas de fripouilles, tous sont des gentils. C'est vraiment le spectacle, pour reprendre la formule consacrée, qui rallie les 7 à 77 ans.

Qu'est- ce qui a changé dans cette nouvelle version d'Oscar?

Ce qui m'a attiré dans ce projet, c'est qu'on n'a pas touché à la pièce mais qu'on la présente autrement. On n'a rien changé à sa construction, à son esprit, à son mouvement, en un mot à son mécanisme. Mais on l'a adaptée. Ainsi, nous avons demandé à Laurent Chalumeau, avec l'accord de Pierre Magnier le fils de l'auteur, de moderniser ou de modifier certains comportements et certains personnages. Par exemple, nous avons fait de la fille de Bertrand Barnier, le héros, un personnage plus frondeur qu' à la création. Quant à Barnier justement, il est différent car, pour des raisons de physique et de poids, on ne peut pas demander à Roland Giraud de faire ce que faisait Louis de Funès. De mon côté, j'ai modifié complètement ma plantation et j' ai demandé à François de Lamothe un décor nouveau, sur deux niveaux.

MONDY vu par Jean POIRET

Parler de Pierre me pose toujours un problème. Car, il m'est impossible de le faire avec distanciation.
Il y a depuis si longtemps entre nous une "romance", comme disent les Anglo-Saxons, qu'il est difficile pour moi de louer ses vertus sans donner l'impression d' être d' un parti pris éhonté.
N'allez pourtant pas en déduire, sous prétexte de "Cage aux folles" commune, qu'il a cessé de courir le 400 m jupons et que je ne suis plus sensible aux dames de "Play-Boy". Non, s' il existe un amour entre nous, c'est celui du spectacle.
Le diabolique Pierrot n'en finit pas de me séduire, et je ne suis pas le seul, par son appétit de scène, sa gourmandise d' homme de théâtre, soit qu' il croque lui-même la réplique, ou qu' il la fasse goûter aux autres.
C'est un "Super Quatre Toques" de la rampe. Il sait, comme Guérard, faire d'un "mille feuilles de manuscrit" une oeuvre aérienne ; comme Senderens, redonner aux textes une saveur nouvelle. Le tout arrosé d'un oeil bleu pétillant, et d'un tonus à réveiller un mort.

Car Pierre est, comme le pur cashmere, "100 % vie".

Pas de mélange, pas de mélancolie, pas de nostalgie. Ou, s'il lui arrive d'en avoir, comme tout le monde, il n'arrive pas à en faire profiter les autres. C'est un égoïste de l'idée noire.
J'allais dire "Pierre, c'est une tente d'oxygène", mais vous avez l'esprit tellement mal tourné...!!

Il est vrai pourtant que lorsqu'il entre en scène ou qu'il s'installe à sa table de réalisateur, on a l'impression de respirer à pleins poumons Profitez-en donc bien car, dans le merveilleux talent qu' il apporte à incarner des personnages ou à les aider à prendre vie, il y a ce souffle incomparable qui est celui de la joie.

Jean POIRET

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OSCAR - 1958
Théâtre de l'Athénée