Marcel Pagnol est né à
Aubagne (Bouchesdu-Rhône) le 28 février 1895 d'un père
instituteur. De 1915 à 1926, il mène une carrière
dans l'enseignement.
Carlo Rim, cherchant un répétiteur
à Marseille après avoir échoué au baccalauréat,
raconte :
"... Il apparut au fond du couloir, un adolescent plus mince et
plus jaune qu'un cierge et dont le regard singulièrement noir
et brillant empruntait son éclat à l'anthracite. - Pagnol,
c'est moi, m'informa-t-il d'un ton résolu. Puis il m'introduisit
dans une pièce ensoleillée qui contenait, pour tout mobilier,
une table bancale chargée de livres, une bibliothèque
disloquée, deux chaises dépaillées et un gigantesque
objet que je pris tout d'abord pour une mappemonde, et qui n'était
qu'un bilboquet. Je remarquai que les vitres de la fenêtre et
celles de la bibliothèque n'existaient plus qu'à l'état
de vestiges. Bref, on eût dit que ce lieu étrange avait
été secoué par un tremblement de terre.
Pagnol s'amusa de ma surprise et m'expliqua :
- Nous sous-louons cette pièce qui constitue le siège
de notre revue Fortunio.
Je dis à Pagnol ce que j'attendais
de lui, mais il ne prêta à mes propos qu'une oreille très
distraite. Au bout de dix minutes, le maître et l'élève
se tutoyaient et nous décidâmes de laisser en paix Tacite
et Walter Scott, après une année scolaire qui avait été
assez pénible pour eux.
C'est ainsi que je pris ma première
leçon de bilboquet. Pagnol s'empara du bilboquet et le lança
dans l'espace avec une telle vigueur que la boule alla s'abîmer
sur la bibliothèque où elle pulvérisa une statuette
de terre cuite qui représentait Verlaine.
C'est alors seulement que me fut dévoilé
le mystère des vitres cassées et des profondes ecchymoses
qui meurtrissaient çà et là le papier à
fleurs...
A dater de ce jour, je fis partie de
la brillante phalange de Fortunio en découvrant une espèce
d'hommes dont je ne soupçonnais pas l'existence dans cette ville
toute entière vouée au négoce, je veux parler des
poètes. Fortunio, mensuel et littéraire, était
assurément plus littéraire que mensuel. Le numéro
ne sortait des presses que lorsque nous avions pu, au cours de collectes
parfois dramatiques, amasser de quoi satisfaire la voracité insensée
d'un imprimeur méfiant de nature. Mais Fortunio comptant infiniment
plus de rédacteurs que de lecteurs, il valait mieux, à
tout prendre, en appeler à la générosité
de ceux-là plutôt que de ceux-ci. Nous ne connaissions
à Pagnol qu'une passion : le théâtre.
En 1922, Pagnol "monte" à
Paris, après avoir été nommé professeur-adjoint
d'anglais au lycée Condorcet et se souvient de sa vie à
Marseille :
"J'y menais une vie agréable sous le soleil virgilien...
et je dirigeais glorieusement une revue littéraire qui est devenue,
grâce à Jean Ballard, Les Cahiers du sud. Je composais
des poèmes et je travaillais à des tragédies (en
vers, bien entendu) qui mettaient en scène les amours de Catulle
ou le séjour d'Ulysse avec le père de Nausicaa."
A propos de l'Université, Pagnol
dira plus tard à Paul Guth : " Ne quittez jamais l'Université.
Faites-vous mettre, comme moi, en congé illimité. Je suis
universitaire. Vous en êtes un autre. Je vais vous dire une bonne
chose : je suis heureux et fier d'appartenir à l'enseignement.
Quand j'étais professeur à Condorcet, je profitais de
la récréation pour prêter une oreille déférente
aux propos qu'échangeaient mes collègues. Et bien! J'avais,
en les écoutant deviser, l'impression, tant la noblesse de leurs
pensées et les subtilités de leurs raisonnements m'émerveillaient,
d'appartenir au Sénat Romain."
Dès 1928 avec Topaze, puis Marius,
le succès vient rapidement. Son père, assistant à
la centième de Topaze, lui dira : "Gentil, ta petite machine
, mais c'est pas tout ça: de quoi vis-tu?
- Mais, de mes droits d'auteur, papa. Deux mille à deux mille
cinq cents francs par jour.
- Toujours de Marseille, toi !".
Pagnol se rappelle ses débuts d'écrivain en se demandant
"s'il n'y a pas des lieux de chance et de bonheur" (il habitait
alors au 122, boulevard Murat)
"Parce que ma table de travail était
devant la fenêtre, au rez-de-chaussée, je participais distraitement
à la vie de l'immeuble. Je voyais, sans les regarder, passer
tous les jours les mêmes personnes.
Un homme brun m'intriguait. Il n'avait
pas d'heure, mais je le voyais souvent entrer ou sortir et je le reconnaissais
aussi bien de dos que de face. Il marchait d'un pas rapide, toujours
pressé et pourtant pensif, et ne voyait personne. Je demandai,
un jour, au concierge, qui était ce garçon.
- Il habite au premier étage, juste au-dessus de votre tête.
Je ne sais pas ce qu'il fait dans la vie. Après un petit temps
de réflexion, il ajouta sans admiration, ni mépris:
- Je crois que c'est un philosophe. D'ailleurs, on m'a dit qu'il écrit
dans les journaux.
Je l'ai vu passer derrière mes vitres pendant deux années.
Je ne savais pas ce qu'il écrivait - c'était Les Conquérants,
un roman qui allait rendre son nom célèbre - qu'il obtiendrait
un jour le Prix Goncourt avec La Condition Humaine, et que ce jeune
homme brun, qui s'appelait André Malraux, nous rendrait le Louvre
et réssusciterait les plus belles pierres de Paris. Aujourd'hui,
quarante-trois ans plus tard, je me demande s'il n'y a pas des lieux
de chance et de bonheur : en 1927, sur une surface de vingt mètres
carrés, il y avait deux jeunes hommes qui écrivaient en
même temps (à quatre mètres l'un de l'autre dans
le sens vertical et sans se connaître) deux ouvrages littéraires
qui ont assuré leur fortune. Je ne sais pas si l'un ou l'autre
eût écrit le même ouvrage ailleurs. Voilà
pour moi du mystère. Il en faut dans une vie : les vies sans
mystère n'ont point d'intérêt.
A partir de 1930, Pagnol se consacre au cinéma et à son
oeuvre littéraire.
En 1932, il fonde Les Cahiers du film.
En 1946, Marcel Pagnol est reçu à l'Académie Française.
Marcel Pagnol s'est éteint en 1974.
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