LES LAURIERS DE LÉONIDAS

Il y a un peu plus d'un an, La Présidente roulait déjà sur ses rails, en droite ligne vers le succès, tel que l'avait souhaité de tous ses voeux notre ami Jean-Michel Rouzière qui avait tant oeuvré pour que ce projet puisse être mené à bien.

Depuis, Jean-Michel Rouzière nous a quitté brutalement, mais il laissait derrière lui une équipe tellement forte et efficace, que, non seulement aux Variétés La Présidente a poursuivi sa brillante carrière, mais encore, au Palais-Royal, deux spectacles présentés furent deux triomphes. Et c'est à ce moment là que je prends la succession. Et voilà bien les hasards de la vie Généralement, lorsqu'on reprend un théâtre, c'est qu'il est en piteux état physiquement et financièrement, voire en ruine et ruiné, or ici c'est tout à fait le contraire... Non seulement les salles brillent de l'éclat des ors, mais chaque soir une foule enthousiaste occupe les travées faisant retentir les cintres de l'heureux vacarme des applaudissements. Le destin voulait que le général quitte la bataille en pleine victoire, le vigneron en pleine vendange, l'artiste au milieu de son oeuvre...

Il n'est pas si facile que l'on croit d'assumer le succès des autres, de se glisser dans un univers dont on ne faisait pas partie, d'endosser un manteau de gloire dont on n'a pas soi-même cousu les étoiles ou de ceindre les lauriers de Léonidas (1)... Aussi, c'est avec beaucoup d'admiration et d'humilité que j'entre dans ces deux théâtres, avec le regard ébloui de l'enfant découvrant pour la première fois les fastes clinquants du spectacle, mais aussi avec l'oeil inquiet et angoissé de l'homme qui sait combien d'efforts, de travail et de difficultés se cachent derrière le chatoiement du rideau cramoisi, derrière le mouvement des décors et derrière le jeu des comédiens, pour aboutir à ce merveilleux résultat, deux heures de bonheur, pour vous, spectateurs. Car c'est bien là le seul but et finalement, qu'importent tous les tourments, tous les problèmes, les drames même qui sont la vie d'un théâtre quand vous n'êtes pas là, c'est-à-dire vingt-deux heures sur vingt-quatre. Vous n'êtes pas venus ici pour les connaître, ils ne vous intéressent pas, et vous avez bien raison. D'ailleurs nous devons tout faire pour vous cacher tous les soucis du monde, puisque c'est notre métier, notre rôle de vous distraire.

Simplement, avant de signer ce premier mot du directeur" (qui est un peu ce que l'éditorial est au rédacteur en chef), je tiens à remercier Mme Maaike Jansen, ainsi que M. Georges Géret d'être venus reprendre en cours de succès les personnages principaux de cette comédie et de s'être si parfaitement intégrés à une équipe soudée depuis plus d'un an, que je félicite et que je remercie d'être restée fidèle...


Francis LEMONNIER
Président-Directeur Général
des Théâtres du Palais-Royal et des Variétés

(1) Xénophon raconte que le général Léonidas mourût au milieu d'une grande victoire. Cependant le roi ayant envoyé du renfort le nouveau général arriva après la bataille mais rentra dans Athènes à la tête des troupes victorieuses, le front ceint des lauriers de Léonidas...


Haut de page