Si c'est la première fois que
Jean Poiret adapte une pièce de Ray Cooney, ce n'est pas la
première fois que les deux noms se retrouvent sur la même
affiche: en 1968, en adaptant Not Now Darling de Ray Cooney, Jean-Loup
Dabadie donnait un grand succès au comédien Jean Poiret
et à son compère Michel Serrault : Le Vison voyageur.
Les deux auteurs ont de nombreux points
communs: tous les deux sont d'abord des comédiens, venus à
l'écriture sur les planches, en jouant pratiquement toutes
leurs pièces. Ils connaissent une carrière internationale
et atteignent les records de nombre de représentations: Char/y
Girl fut jouée autant de fois que La Cage aux folles...
Ray Cooney, à travers les textes
de Jean-Loup Dabadie et de Marcel Mithois, est célèbre
en France grâce à une trilogie de succès: Le Vison
voyageur, Le Saut du lit et Double mixte, mais on connaît moins
l'homme de théâtre de grand prestige et de grand talent
qui dirige à Londres le "Theatre of Comedy" où
il met en scène non seulement ses propres pièces mais
aussi des oeuvres classiques comme Pygmalion de George B. Shaw ou
Un chapeau de paille d'italie d' Eugène Labiche.
Jean Poiret est désormais connu
du monde entier grâce à sa Cage aux folles qui, après
une longue et triomphale carrière au Palais-Royal poursuivie
aux Variétés et au Théâtre Montparnasse,
tournée en trois films, adaptée en comédie musicale,
se joue toujours quelque part, comme en ce moment
au Palladium de Londres, alors que lui-même, à Paris,
joue sa propre comédie Les Clients au Théâtre
Édouard VII.
La Comédie de Ray Cooney Two
into On e- un anglicisme que je ne cherche plus à comprendre
- que Jean Poiret a baptisé, avec l'aimable autorisation d'Antenne
2, C'est encore mieux l'après-midi (ce qui, illustré
d'une bouteille de champagne, se comprend dans toutes les langues,
même l'anglais), que nous présentons avec mon ami et
confrère M. Lars Schmidt, s'est jouée à Londres
au Shaftesbury Theater avec le plus grand succès. Ce pur vaudeville
est construit avec une précision d'horlogerie c'est-à-dire
avec une rigueur méticuleuse. Cette feinte fantaisie débridée
se retrouve dans l'adaptation de Jean Poiret, la mise en scène
de Pierre Mondy, le décor de Jacques Marillier, le travail
de chaque comédien, car, chez Ray Cooney, rien n'est innocent,
rien n'est arbitraire, rien n'est improvisé, mais tout est
construit pour donner au spectateur le plaisir du rire en cascade.
Pierre Mondy, qui connaît à
la fois parfaitement la comédie anglo-américaine, le
théâtre de Jean Poiret (il fut le metteur en scène
de La Cage aux folles, de Féfé de Broadway, de Joyeuses
Pâques) et celui de Ray Cooney (il vient de mettre en scène
Double mixte à la Michodière) est le complice idéal
de cette entreprise, à la fois pour en régler la mise
en scène pointilleuse et diabolique, et pour créer un
personnage nouveau de comédie moderne qui rejoint tous les
faux gentils, les benêts pas méchants, les trompeurs
trompés de la comédie éternelle. Avec lui, en
contre-point, Jacques Villeret campe un héros manqué,
obligé de jouer le contraire de ce qu'il est, aussi pittoresque
et tout aussi classique, une sorte de victime, de condamné,
de jouet du destin... Autour d'eux, dans un petit univers bien défini,
des personnages hauts en couleur, parfaitement dessinés, interviennent
dans la logique impitoyable du vaudeville catastrophe qui sombrerait
dans la tragédie des conflits conjugaux s'il n'y avait le rire...
Car c'est le rire la seule solution
à ces situations dramatiques : il suffit d'un petit décalage
d'un regard, d'un geste, d'une intonation, pour que l'instant périlleux
sorte du drame pour entrer dans la farce. Et avec le plus grand sérieux.
Les personnages anglais de Ray Cooney, devenus bien français
grâce à Jean Poiret, plongés dans l'imbroglio
de leurs soucis personnels, n'ont pas du tout envie de rire. Et d'ailleurs
ils n'en ont pas le temps. Seuls les spectateurs, complices, ont le
temps de rire, très fort et très longtemps.
A propos de C'est encore mieux l'après-midi
on va, bien sûr, évoquer toutes les références
possibles de l'Art du Vaudeville. On va même pouvoir citer des
titres de pièces, des situations précises, la scène
trois de l'acte deux de... Oui, c'est vrai, cela se passe dans un
hôtel comme dans... Le plateau est coupé en deux comme
dans... Il y a deux lits comme dans...
Oui, heureusement,
un nouveau vaudeville peut en évoquer bien d'autres, mais je
souhaite surtout qu'il évoque une multitude de souvenirs heureux
afin qu'il donne envie de venir vivre une nouvelle fois, aux Variétés,
une formidable soirée de fous rires.
Jean Michel ROUZIERE
Retourner
à l'affiche
Haut de page