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"Les Fontaines Lumineuses" de BERR et VERNEUIL

Après une série de 120 représentations consécutives, les Fontaines lumineuses vont quitter l'affiche du théâtre des Variétés. Cette brillante carrière est un nouveau succès remporté par la collaboration de MM. Georges Berr et Louis Verneuil.
Lorsque La Petite Illustration a publié, dans son numéro du 29 octobre 1927, Maître Bolbec et son mari, elle a eu l'occasion de dire dans quelles conditions la rencontre s'était faite entre ces deux auteurs qui depuis vingt ans - avec une interruption de huit années toutefois, de 1917 à 1925 - ont fondé une firme des plus goûtées non seulement par le public français, mais aussi par celui de l'étranger auprès duquel de nombreuses tournées ont vulgarisé leurs oeuvres.

M. Louis Verneuil a conté lui-même avec humour comment, à l'âge de treize ans, son père l'ayant conduit à la Comédie-Française qui fêtait, ce soir-là, les vingt ans de service de Georges Berr, il assista à une représentation de l'Irrésolu dont l'éminent sociétaire était l'auteur et quelle influence décisive il en résulta sur sa vocation dramatique :
"Auteur et acteur, écrivait-il, Georges Berr incarnait pour moi le Théâtre. C'est en le voyant que, tout gamin, j'avais compris que c'est un art et non un amusement. C'est la maîtrise de Georges Berr qui avait heureusement inspiré un respect terrifié à ma puérile inconscience".
Pendant dix ans, toutefois, Louis Verneuil n'approcha pas celui qu'il considérait comme un maître jusqu'au jour où, au début de 1916, M. Quinson, qui avait entre les mains un manuscrit du jeune débutant, lui conseilla de s'adresser à un collaborateur et, de lui-même, lui cita le nom de Georges Berr. Leur prise de contact eut lieu dans la loge même de l'artiste, qui jouait Gringoire. Elle aboutit, dès le mois de mai, à une première pièce qu'ils écrivirent ensemble, la Charrette anglaise, représentée au théâtre du Gymnase. L'année suivante, les deux collaborateurs donnaient coup sur coup deux autres pièces : Monrieur Beverley, créé au théâtre Antoine en février 1917, et Mon oeuvre, au théâtre de l'Athénée, en septembre.
Bien qu'ils n'aient eu qu'à se féliciter de la réussite de ces trois ouvrages, ils devaient cesser, pendant assez long intervalle, de travailler en commun. M. Georges Berr, en effet, s'était consacré tout spécialement à la Comédie-Française et à son professorat au Conservatoire, dont il fut pendant des années un des maîtres les plus appréciés. Cependant M. Louis Verneuil faisait jouer, de son côté, une quinzaine de pièces, parmi lesquelles on peut citer le Traité d'Auteuil, Mademoiselle ma mère, Pour avoir Adrienne, l'inconnu, Daniel et Régine Armand -qui furent les deux dernières créations de Sarah Bernhardt - l'Amant de coeur, la Dame en rose, un Jeune Ménage, la Pomme, le Fauteuil 47, Ma cousine de Varsovie, Lison, Pile ou face, En famille, la Joie d'aimer, qui étaient représentées à Paris de 1918 à 1925.
Sur ces entrefaites, M. Georges Berr donnait sa démission de Sociétaire de la Comédie-Française et de professeur au Conservatoire et se consacrait à nouveau, d'une façon suivie, à ses travaux d'auteur dramatique. Tout naturellement, il renouait avec M. Louis Verneuil une collaboration qui, depuis, ne s'est pas ralentie, et dont la reprise s'affirma brillamment, en novembre 1925, par deux pièces qui furent créées à une seule année d'intervalle : l'une, de célèbre mémoire, Azaïs, avec Max Dearly, aux Variétés, et l'autre, le Mariage de maman, au théâtre Antoine, avec Mme Jeanne Granier.
Puis vinrent, en 1926, Maître Bolbec et son mari ; en 1927, Mademoiselle Flûte ; en 1928, Ma soeur et moi ; en 1930, Guignol et Miss France ; en 1931, les Evénements de Béotie ; en 1932, Avril ; en 1933, Parlez-moi d'amour ; en 1934, l'Ecole des contribuables, Mon crime et la Belle Isabelle ; en 1935, enfin, les Fontaines lumineuses.
Cette pièce est donc, en vingt ans, la dix-septième qui réunit les signatures de Georges Berr et de Louis Verneuil. C'est la cinquième qu'ils donnent ensemble sur cette scène des Variétés dont ils furent aussi séparément, à diverses reprises, les fournisseurs applaudis. Dès 1904, en effet, en collaboration avec M. Paul Gavault, M. Georges Berr faisait jouer aux Variétés une revue qui obtint un grand succès. Quant à M. Louis Verneuil, il avait fait reprendre aux Variétés deux de ses meilleures comédies : Pile ou face, en 1931, et L'Amant de Madame Vidal, en 1935, toutes deux avec Mme Elvire Popesco comme principale interprète.

Les deux auteurs ont donc, de longue date, le ton et le genre de la maison. Le genre "Variétés" ne s'analyse pas. On le sent mieux qu'on ne peut le définir. Il faut, aux Variétés, des pièces comiques, mais sans outrance, moins bouffes qu'au Palais-Royal et en même temps plus fantaisistes que dans les autres théâtres de comédie. Il y faut aussi un ton spécial de verve, d'humour et, pour tout dire, de parisianisme. C'est celui que possédaient à merveille, il y a un demi-siècle, Meilhac et Halévy, puis, il y a quelque vingt- cinq ans, leurs illustres successeurs Robert de Flers et G.-A. de Caillavet. MM. Georges Berr et Louis Verneuil l'ont retrouvé sans effort. Azaïs, Mademoiselle Flûte, Avril, Mon crime étaient par excellence des "pièces Variétés" et les Fontaines lumineuses conservent la tradition. C'est ce qui justifie l'accueil particulièrement chaleureux qui a été fait à cette nouvelle comédie. Car une pièce ne réussit pas seulement par ce qu'elle contient en soi de qualités diverses, mais aussi par le choix judicieux du théâtre où elle est créée. Il y a là une question d'ambiance, de cadre, d'habitudes du public, d'atmosphère, autant d'impondérables dont le rôle est prépondérant.

Si les Fontaines lumineuses correspondent exactement à ce que le théâtre des Variétés peut réclamer, cette comédie diffère toutefois de celles qui y sont habituellement jouées en ce sens qu'elle est, dans une certaine mesure, une "pièce à thèse". Ce terme est susceptible d'une assez large interprétation. La pièce à thèse type est évidemment celle qui tend à exposer et à défendre une grande idée morale, philosophique ou sociale : telles certaines comédies célèbres d'Alexandre Dumas fils ou d'Eugène Brieux. Ce n'est point le cas des Fontaines lumineuses. Mais il suffit qu'une comédie cesse d'être purement romanesque, ou bien qu'elle ne s'intéresse pas exclusivement à une peinture de caractère ou de moeurs, mais que son développement repose aussi sur une idée, pour qu'on y puisse discerner, plus ou moins visiblement, la trace d'une thèse. Le mot en lui-même a quelque chose de didactique. Il serait plus juste de parler d'une "moralité". Toute oeuvre qui tend à prouver quelque chose, à mettre en évidence la vérité d'une observation psychologique, se rattache à cette catégorie.

Dans les Fontaines lumineuses, la "thèse", pour se présenter à nous, prend la forme pittoresque et imagée d'une métaphore. C'est la mentalité féminine qui est en cause. Un personnage de confident, l'ami Pénerol, est chargé du couplet nécessaire. Il s'acquitta de sa tâche au deuxième acte. Et voici en quels termes il s'exprima:

- PENEROL. - Voyez-vous, Raymond, d'une façon générale, les femmes m'ont toujours fait penser à ces fontaines limpides qui jaillissent en touffes, rebondissant en cascades ou s'étalant en nappes pour retomber enfin dans des bassins ou dans de larges vasques. L'eau est claire ou, plus exactement, transparente et incolore. Tout d'un coup, à gauche, un projecteur bleu s'allume, et aussitôt l'eau devient bleue. Il s'éteint. A droite, un autre s'allume, qui est rose. Et, docilement, l'eau devient rose.
- LE DOCTEUR. - C'est ce qu'on appelle des fontaines lumineuses.
- PÉNEROL. - Et voilà la femme, Raymond : limpide et impersonnelle, elle attend passivement qu'un homme projette sur elle ses goûts, son caractère, ses habitudes, et jusqu'à ses petites manies. Il est sentimental : elle devient rêveuse. Ambitieux : elle devient arriviste. Econome : elle devient avare. Hélène est une femme dans toute l'acception du terme. Elle vous avait épousé : la médecine la passionnait. La voilà qui partage l'existence d'un homme du monde: sa futilité grandit et, implacablement, son intelligence décroît.
- LE DOCTEUR, pensif. - Evidemment... Tout cela est ingénieux, coloré.., c'est le mot.., mais un peu systématique et paradoxal. Vous ne sauriez contester qu'il existe des femmes indépendantes, volontaires, et qui gardent, an dépit de tous les contacts, leur personnalité et leur caractère.
- PÉNEROL. - Certainement, il y an a : les vierges et les courtisanes, Les unes parce qu'aucun homme ne les approche, les autres parce qu'elles en fréquentent trop.
- LE DOCTEUR, souriant. - Mélange de couleurs?
- PÉNEROL. - Mais oui !... Lorsqu'une fontaine lumineuse est éclairée à la fois par huit ou dix projecteurs de teintes différentes, sa nuance devient confuse, mais particulière, de même, lorsqu'une femme prend à la fois plusieurs amants, elle ressemble un peu à tous, et cela lui confère une sorte de personnalité."

En entendant cette tirade, certains auditeurs ont souri en se disant intérieurement que le théâtre moderne avait plus d'un point de ressemblance avec celui d'autrefois et que le trop fameux " raisonneur " de l'Ami des femmes avait la vie dure. Mais MM. Georges Berr et Louis Verneuil sont trop spirituels pour ne pas s'en être avisés eux aussi et l'instant d'après ils se raillaient eux-mêmes.

- LE DOCTEUR. - Savez-vous, Pénerol, à quoi vous me faites penser?
- PÉNEROL. -. Non.
- LE DOCTEUR. - A un fantôme.
- PÉNEROL, surpris. - Quoi?
- LE DOCTEUR. - A l'un de ces personnages assassinés par le goût du jour et la critique et qui se promènent à pas lents dans les comédies d'Alexandre Dumas fils. Ils ne prennent aucune part à l'action, ils font la leçon à tout le monde et développent, au moment opportun, la thèse ou la pensée de l'auteur.

Mais entre les auteurs des Fontaines lumineuses et celui de l'Ami des femmes il y a une différence. Alexandre Dumas fils soutenait une thèse tandis que MM. Georges Berr et Louis Verneuil nous en proposent deux, qui sont antithétiques. A la thèse ils opposent l'antithèse. Ils ne se prononcent pas et nous donnent à choisir. Cette contrepartie, aussi plausible peut-être, c'est la mère de l'héroïne, Mme Dujarrier, qui la prend à son compte au dernier acte. A elle de venger les femmes contre leurs détracteurs et de se faire le champion du féminisme.

- LE DOCTEUR. - Pénerol a raison lorsqu'il affirme qu'une femme est un être inférieur, sans initiative et sans personnalité, toujours prête à subir l'influence du premier homme qui se consacre à elle, et à épouser docilement ses goûts, ses habitudes, et jusqu'à ses travers !...
- Mme DUJARRIER. - Voilà bientôt trente ans que je connais Pénerol. J'ignorais que ce fût un imbécile. Voilà qui me décide à ne jamais l'épouser.
- LE DOCTEUR, surpris. - Quoi?
- Mme DUJARRIER. -Mais ça, c'est autre chose. N'embrouillons pas les questions. Eh bien, moi, Raymond, je vous répondrai qu'en une époque où le féminisme remporte des victoires quotidiennes, où les femmes sont ministresses, avocates, aviatrices et sergents de ville, prétendre qu'elles vous sont inférieures en quoi que ce soit, c'est, très exactement, proférer une ânerie.
- LE DOCTEUR. - Cependant...
- Mme DUJARRIER, avec force. - La vérité, c'est que notre intelligence est innombrable. Celle des hommes se spécialise. La nôtre est ouverte à tout. Alors, lorsque nous avons choisi un époux, nous nous penchons généreusement vers lui. Très vite, nous délimitons ses aptitudes. Et, pour ne pas l'humilier, pour ne pas l'écraser de notre supériorité, nous adoptons sa manière de voir, ses préférences, sa bêtise ou son génie. Non par soumission, non par aveuglement, mais par condescendance :
- LE DOCTEUR, vexé. - Vous nous placez bien bas, belle-maman.
- Mme DUJARRIER, triomphante. - Chacun son tour! "

Ne demandons pas aux auteurs d'influencer notre jugement. Ils nous content une anecdote, objectivement, an nous laissant malicieusement le soin de décider comment il convient d'interpréter la psychologie du principal personnage. Une jeune femme, Hélène, est mariée à un docteur dont elle est la plus zélée, la plus dévouée des collaboratrices. Toute coquetterie, toute frivolité mondaine est tenue à l'écart de sa vie. Mais voici que, par suite de circonstances - une infidélité surprise et qu'elle ne veut pas pardonner - elle divorce et devient la femme d'un homme du monde, type parfait du snob qui n'a d'autres soucis que les réceptions mondaines et son écurie de courses : d'un jour à l'autre la voilà transformée : elle est devenue la plus superficielle, la plus maniérée et la plus vaniteuse des vicomtesses. Mais - troisième avatar - une absence prolongée de son mari numéro 2 la laissa en contact avec un jeune poète d'avant-garde et la voici, une fois de plus, métamorphosée en intellectuelle qui lit Proust et Paul Valéry. Cette versatile Hélène justifie-t-elle la définition qu'un autre moraliste donnait de la femme : "Une page blanche sur laquelle l'homme écrit", ou bien nous incite-t-elle au contraire à admirer la souplesse, la richesse et la multiplicité de l'âme féminine qui contient en elle-même toutes les ressources et toutes les possibilités, tandis que l'homme, moins bien partagé, n'a jamais, si l'on peut dire, qu'une seule corde à son arc? Il y a là ample matière à discussion et il est rare, an définitive, qu'une comédie des Variétés nous donne ainsi à "penser", sans que d'ailleurs, pour cela, elle cesse un instant d'être mouvementée et divertissante.

Il n'est donc pas étonnant que l'accueil fait aux Fontaines lumineuses ait été des plus sympathiques.
Dès le lendemain de la répétition générale, M. Fortunat Strowski constatait, dans Paris-Midi :
"On s'est vraiment bien amusé. L'accord parfait du théâtre, de la comédie, des interprètes et du public promet à la comédie de MM. Berr et Verneuil une flatteuse longévité. MM. Berr et Verneuil ont écrit trois actes qui ont mis la salle en joie, y compris les critiques les plus sourcilleux.

M. Georges Le Cardonnel écrit, dans le Journal:
"Je serais bien surpris si le théâtre des Variétés ne tenait pas, cette fois, un succès avec les Fontaines lumineuses. Avec ces trois actes de MM. Georges Berr et Louis Verneuil, les Variétés redeviennent, si l'on peut dire, les Variétés, où le public de cet agréable théâtre va retrouver ce qu'il y venait chercher. Voici une comédie qui n'aspire qu'à faire rire avec délicatesse, sans moyens grossiers, et qui y réussit. En même temps, un amusant caractère de femme est esquissé. MM. Georges Berr et Louis Verneuil ont employé tant d'esprit à nous conter cette histoire qu'ils ont fait rire comme on n'avait pas ri depuis longtemps aux Variétés. Le troisième acte surtout est tout le temps éblouissant."

M. Charles Méré, dans Excelsior :
"Cette oeuvre, qui par instants atteint à la grande comédie, a remporté un vif et légitime succès et jamais peut-être l'art et l'adresse des auteurs ne s'étaient affirmés avec plus de finesse et d'éclat."

M. Edmond Sée, dans l'Oeuvre:
"Aux Variétés, MM. Georges Berr et Louis Verneuil ont décroché un succès franc et sans doute un succès durable, avec une divertissante comédie les Fontaines lumineuses. Ils y prodiguent des dons de métier éclatants, mis au service d'une spirituelle notation psychologique."

M. André Bellessort, dans le Journal des Débats :
"La comédie de MM. Berr et Verneuil les Fontaines lumineuses est une des meilleures que ces féconds auteurs nous aient données."

M. Lucien Dubech, dans Candide:
"M. Verneuil aura donc réussi le tour de force de remporter deux succès avec deux pièces, car si les Fontaines lumineuses n'ont pas le même succès que Vive le roi!.., il ne faut plus chercher à comprendre. C'est une comédie pleine de verve, mettons un vaudeville excellent, mais un vaudeville distingué, sans grossièreté, avec de jolis coins et des trouvailles comiques tout à fait efficaces."

Dans le Petit Parisien, M. Paul Reboux disait
"Aux Variétés, les Fontaines lumineuses sont des fontaines couleur d'or, car elles couleront longtemps. Une soirée au nouveau spectacle des Variétés, c'est une excellente soirée. Ce bruit-là va se répandre vite. Je suis heureux d'y contribuer dès aujourd'hui. Les oeuvres de cette qualité-là ne sont pas communes ! Elles méritent de réussir."

M. Pierre Audiat, dans Paris-Soir:
"Il y a beaucoup de situations comiques et de scènes qui nous amusent dans la pièce nouvelle de MM. Georges Berr et Louis Verneuil. Les métamorphoses d'Hélène, reflétant successivement un médecin ambitieux, un homme du monde snob et un homme de lettres adroit sont d'une fantaisie géométrique qui est bien celle d'auteurs comiques, préparant et amenant leurs effets avec une inéluctable sûreté. Il y a aussi des mots de psychologues et de satiriques qui portent, et que les spectateurs happent, en se croyant bien habiles, parce qu'ils leur ont été s bien lancés."

M. Antoine, dans le Monde illustré:
"La longue et heureuse collaboration de MM. Georges Berr et Louis Verneuil nous a valu, aux Variétés, une comédie nouvelle, les Fontaines lumineuses, très favorablement accueillie. C'est qu'on y retrouve les dons des deux écrivains, qui se combinent de la façon la plus adroite et la plus agréable. Pareil assemblage a produit un répertoire extrêmement nombreux, presque toujours ingénieux et divertissant, moins brillant peut-être que certaines autres collaborations, mais qui, en ces temps de pénurie et de crise, prouve que notre art dramatique compte encore des serviteurs de talent."

M. Jean Delage, dans l'Européen :
"Une pièce signée de MM. Georges Berr et Louis Verneuil est pour un théâtre une garantie de réussite. Tout porte à croire que MM. Georges Berr et Louis Verneuil tiennent un nouveau succès avec les Font aines lumineuses. Le parterre est venu pour rire. Il a ri. Les auteurs ont, par conséquent, réussi."

Dans Comoedia, M. Pierre Seize déclarait :
"Chacun des trois actes comporte, vers la fln, une scène d'un comique inattendu. C'est, au premier acte, la façon dont Hélène est instruite de ses malheurs conjugaux. Au second, c'est le stratagème qui isolera ladite Hélène de son mari pendant six mois, le temps de voir se colorer à nouveau ses claires ondes. Au troisième, c'est une inénarrable scène d'explication entre la belle-mère et son premier gendre, avec, en tiers, muet, étonné, furibond, le second gendre qu'ils ont voulu berner. Cette scène-là est irrésistible."

L'interprétation des Fontaines lumineuses a parfaitement servi cette plaisante comédie. Il y a des pièces qui sont écrites pour un seul personnage, qui mène l'action et auquel les autres se contentent de donner la réplique. Lorsque M. Louis Verneuil, par exemple, écrit pour Mme Elvire Popesco, c'est sur elle que se concentre l'intérêt, et ses partenaires, si distingués soient-ils, ont surtout pour tâche de la mettre en valeur. Cette conception ne saurait être celle des Variétés qui, traditionnellement, maintiennent leur réputation par leur "troupe". Le mot même implique la coexistence, presque sur le même plan, d'un certain nombre de protagonistes dont aucun n'efface les autres, chacun ayant son rôle bien tracé, différent et d'importance égale. C'est alors la cohésion de la troupe, l'art avec lequel ses divers éléments s'amalgament et se secondent, qui procure au public sa satisfaction.

Les Fontaines lumineuses comportent de la sorte six personnages principaux, exigeant des interprètes de premier plan. Ce sont, d'abord, les trois maris successifs de la charmante Hélène, qui doivent, pour que la comédie garde tout son sens, offrir entre eux un complet contraste. De fait, on ne saurait imaginer des compositions plus différentes que celles qui ont été campées par M. Jacques Louvigny, le docteur, M. Saturnin - Fabre, l'homme du turf, et M. Jacques de Féraudy, le poète. Plus délicate encore était la tâche de Mlle Alice Field, car il lui fallait incarner en une seule femme trois femmes non moins dissemblables que les trois hommes dont elle est tour à tour le reflet. Elle y a réussi avec beaucoup de finesse et d'intelligence, en subtile comédienne. De son côté, Mme Marguerite Pierry a déchaîné le rire à chacune de ses répliques, jouant le personnage de la mère avec un comique savoureux, mais sans aucune outrance. De même, M. Marcel Simon s'est acquitté avec son habituel brio du rôle à la fois inutile et indispensable de l'ami confident, cependant que Mme Fernande Albany, en coquette de grand style, tenait brillamment sa place auprès de ses camarades. Enfin, de petits rôles ont permis d'apprécier la fantaisie ou la justesse de ton de MM. Jean Gobet, André Rehan, Aubry, Pignol, non moins que de Mlles Arielle et Madeleine Suffel.

ROBERT DE BEAUPLAN.

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