" LES MIDINETTES " de Louis ARTUS


Ce bon Pierre Mathivet est marié à la jolie Germaine dont il est très épris, mais celle-ci ne l'aime pas. Absorbé par ses travaux historiques, Pierre réserve son ardeur pour la reine Sémiramis, à laquelle il consacre des "considérations" rétrospectives, qui devront remplir plusieurs volumes, et cela au point qu'il en oublie de s'habiller, ne craint pas de paraître dans le salon de sa femme en pantoufles et sans cravate, et s'attire ainsi le mépris de la jolie Germaine. Au fond, il souffre de son indifférence, mais il est si doux, si bon, qu'il accepte tous ses caprices sans mot dire. Pendant ce temps, Germaine se laisse toucher par les avances du bellâtre Gaëtan des Ardans, la coqueluche des dames des "five o'clock", qu'il régale de son esprit au rabais.

Celui-ci nourrit de mauvais dessins sur Mme Mathivet qui est bien près de s'y prêter, de s'y prêter même dans un hôtel de Fontainebleau, sous le prétexte d'une tante malade. C'est à l'instant précis où Germaine s'est absentée pour revêtir un costume de voyage qu'une " première " de la maison Plumazul, accompagnée d'une "arpète", survient avec un énorme carton à chapeaux, et se trouve en présence de Pierre et de son oncle, M. Lherminier, un oncle viveur dont il est le conseil judiciaire, un oncle-neveu, prodigue et fêtard, fréquentant dans les modes et grand amateur de midinettes.

L'arpète, c'est Julie, et c'est le type accompli de la midinette, insouciante, gaie, libre, comme l'oiseau. Elle est courtisée par l'électricien Grabure, un beau gars, qui ferait un bon mari. Elle n'est pas insensible, mais, dame, ménage d'ouvrier, ça n'est pas séduisant pour une jeune fille dans les modes, qui se frôle au luxe et en a les éclaboussures alors, qui sait ? Plus tard ? Nous verrons...

On pense bien que M. L'Herminier est un ami de cette dernière, demeuré seul avec le trottin et son neveu, il profite de l'occasion pour pousser galamment ses affaires. Mais Julie ne regarde que le jeune savant, l'air de douceur, la courtoisie attentive, la gêne même du philosophe lui inspire une ardente sympathie. Elle n'est pas seulement fière d'être traitée avec égards par un homme considérable et qui a écrit un livre sur Sémiramis ; elle trouve un charme à sa réserve, à sa timidité, et même aux grâces surannées de son langage, bref à toutes les qualités solides et ternes qui importunent Mme Mathivet.
Aussi Pierre se laisse-t-il séduire par Julie, tandis que Germaine va filer le parfait amour avec Gaëtan.
- Ma femme me trompe - se dit le pauvre Mathivet, - je serais bien fou de me gêner ! Et il ne se gêne pas.

Une rencontre avec Julie, à la terrasse de l'Orangerie, achève le désastre conjugal, et voilà le nouveau couple parti en villégiature d'amourette dans les bois de Chaville.
Le ménage Mathivet va à la diable. Chacun s'en est allé de son côté, et l'oncle L'Herminier qui, cependant, n'est pas moraliste sévère s'en afflige mais en vain. Pierre se sent heureux avec Julie, qu'il se prend à aimer, avec un vague regret pour Germaine, la femme infidèle, alors que Julie, elle, aime Pierre pour tout de bon, avec le vague soupçon que c'est là un bonheur éphémère qui ne saurait durer toujours.

Le troisième acte se passe dans le salon de modes de Plumazul, le modiste homme du monde et conférencier, qui débite des chapeaux et des tirades, et sait placer discrètement des coiffures de cinquante louis aux clientes distraites. Plumazul fut le patron de Julie et le premier soin de la chrysalide devenue papillon est d'aller se commander tout ce que l'on peut mettre sur une tête quand c'est un savant riche et presque coquebin qui paie. Julie, rencontre là Germaine Mathivet, qui lui est présentée comme une nouvelle vendeuse, et la conversation entre les deux femmes tourne rapidement à l'aigreur, Germaine s'irritant elle-même de sa ruse. L'acte finit par une scène amusante entre Plumazul et Gringalette, la petite arpète, qu'il oblige à lui servir d'auditoire pour une conférence.

Le quatrième acte nous amène au dénouement. Julie avait deviné juste, en se disant que le rêve était trop beau, et ne pouvait durer toujours. Pierre Mathivet retrouve sa femme et y retourne. Celle-ci est d'ailleurs restée plus blanche que la blanche hermine, la promenade à Fontainebleau ayant été aussi platonique qu'hygiénique, et Julie, la pauvre Julie, revient à son électricien.

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