Au
premier acte nous sommes dans l'hôtel d'une certaine comtesse,
qu'on appelle
"la comtesse" tout court; titre de courtoisie, elle le dit elle-même,
qu'elle doit à une liaison antérieure avec un duc. Elle
tient un Salon politique, et même, si l'on veut, littéraire.
Elle y reçoit les maîtresses d'hommes puissants ou riches,
qui, ailleurs, sont mariés. Ces maîtresses ne sont pas les
bonnes filles dont s'accommodent les gens de peu qui s'amusent: ce sont,
plus précisément,
des Favorites; leur moindre souci est l'amour et la fête; elles
n'ont appétit que de pouvoir, d'influence, - ou de publicité.
Et voici la petite Luce Brévin qui n'est pas encore une "favorite", mais qui aspire à cet emploi. Devenue, bien à propos,
veuve d'un professeur de province, Luce arrive encore plus à propos
chez la comtesse, à la minute où le juif anglais Godfish,
le banquier Branchin et le grand bourgeois Villerbois fondent le journal
Ciel et Terre, et où le ministre de l'instruction publique, Bourdolle,
promet à toutes les personnes présentes tout ce qu'elles
peuvent souhaiter. Justement Luce rêve d'écrire dans
les journaux sérieux,
sur l'éducation des jeunes filles. La bonne comtesse présente
Luce aux trois directeurs de Ciel et Terre, et à M. le
ministre, qui lui promet une audience, et un rapport sur son livre.
Le ministre a ébloui Luce Brévin, qui n'a point déplu
au ministre. Mais Bourdolle est marié, comme les autres, et même
beaucoup mieux marié. Il aime sa femme, qui lui donne de bons conseils,
et il ne songe guère à la tromper. De plus, on l'interpelle,
au moment qu'il s'y attendait le moins; il répond, de son banc, il
fait un mot plaisant, mais dangereux; ses collègues du cabinet s'empressent
de le débarquer; et quand la petite Brévin arrive au ministère
avec son manuscrit sous le bras, le ministre n'est plus ministre.
Le baron Godfish a été le premier averti du débarquement
de Bourdolle (il reçoit ces nouvelles de Londres). Il vient offrir
au ministre de tout à l'heure la direction politique de Ciel et Terre.
Bourdolle accepte, reçoit Luce, non plus à titre de secrétaire
d'état mais à titre de journaliste, et l'engage incontinent
comme rédacteur. Bourdolle, après toutes ces émotions,
a les nerfs tendus, et Luce Brévin ne se fait point prier pour aider
à la détente.
Le troisième acte est dans les bureaux du journal. Mme Bourdolle
y vient faire une visite à son mari. Elle entr'ouvre une porte, et
elle est édifiée. Elle écrit à l'infidèle
un mot d'adieu, qu'elle laisse sur la table, et voilà le bon, le
délicieux ménage en déconfiture. Mais les séparations
ne sont point praticables dans ce monde-là, où l'essentiel
est de faire carrière et où il faut dîner en ville;
c'est Mme Bourdolle elle-même qui vient, au quatrième
acte, relancer son mari chez la comtesse.
Le ministère est tombé, cette fois tout en tas, et
Bourdolle va sans doute être chargé de constituer le
nouveau cabinet. Comme il demeure à l'hôtel depuis
quinze jours, il est bien aise de réintégrer le domicile
conjugal, où sa femme
n'est point fâchée de l'accueillir; et Luce Brévin,
qui est la raison même, comprend qu'elle doit se soumettre
de bonne grâce, quitte à rester, plus en secret, la "favorite" de
Monsieur le nouveau président du conseil.
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